mercredi 10 septembre 2008

Élections 2008: La légitimité du Bloc et la vertu de Harper



Jacques Brassard, ancien ministre péquiste, a décidé un matin de faire son Brassard de marde, en signant une lettre d'opinion cinglante sur le Bloc Québécois, en plein début de campagne électorale. On peut attribuer plusieurs défauts à Monsieur Brassard mais il a certainement un sens du timing impeccable (et une moustache qui ferait rougir Magnum P.I.).

Vous imaginez que les journaux de la maison Gesca, avec La Presse en chef de file, étaient bien heureux de publier ce brûlot contre la bande à Duceppe, ces gens ne manquant jamais une chance de casser du sucre sur le dos des élites souverainistes.

Par ici la lettre publiée dans le forum d'opinions. Et tiens, une autre page dans la section politique pour parler de la lettre. Et la première page en boni, pourquoi pas, rien ne sert de bouder son plaisir.

Brassard trouve qu'on «nazifie» la droite tandis que lui nous traite de «picouilles», de «vieux canassons». Il trouve le Bloc trop à gauche, l'accuse d'être injuste envers Harper et remet en question l'existence-même du Bloc. On sait tous que le début des élections va de paire avec la saison de la remise en question continuelle du Bloc. En fait, on remet en question le Bloc depuis le jour 1 de son existence. On l'a remis en question même lorsqu'il a réussi à faire élire plus de 50 députés et former l'opposition officielle d'Ottawa.

Revisitons quelques perles de ce torchon qui fait jaser depuis le début de la journée.

Voilà, en effet, que le bric-à-brac idéologique de la gauche (interventionnisme étatique, égalitarisme, pacifisme, écologisme, anti-américanisme) se transmute, par une opération quasi alchimique, en «valeurs québécoises» qu'il nous faut donc défendre avec acharnement! Le Bloc devient ainsi le jumeau du NPD, cet archaïque parti socialiste canadien.

Il va sans dire que Brassard a une admiration sans borne pour les États-Unis, ce pays qui a réussi à créer 7 millions de nouveaux pauvres durant le règne de Bush, une ancienne superpuissance économique qui est maintenant l'ombre d'elle-même, un royaume devenu une cabane, où la pauvreté monte en flèche et la dégénération des services sociaux menace véritablement le fameux rêve américain. Et dire le contraire ferait de vous le porte-étendard de la gau-gauche à go-go, selon les Jacques Brassard de ce monde.

NPD, archaïque, vous dites? Et les politiques néo-duplessistes de Harper face à la censure dans la culture, c'est moderne? Et le copinage avec la droite catholique, c'est moderne? Et les reculs draconiens dans le financement des organismes culturels, c'est moderne? Dites moi, dans quelle décennie sommes nous en ce moment?

L'autre présupposition, c'est que le gouvernement conservateur de Stephen Harper est une incarnation malodorante de la droite qui, dans l'univers chimérique des défenseurs de la vertu (de gauche, bien sûr, la vertu étant un monopole de la gauche), propage l'injustice, détruit la planète, fait la guerre pour le plaisir et démolit la culture.

La vertu est donc de droite? Votre arrogance est bien plus grande que n'importe quel discours de Duceppe lorsque vous nous faites la morale ainsi. Ah oui, j'oubliais, Dieu est à droite, c'est lui qui dicte la vertu, George W. Bush discute avec lui régulièrement, il nous le rappelle dès qu'il en a la chance.

Est-ce que Harper détruit la planète? Non. Mais il a initié un recul majeur dans notre politique envrionnementale, tellement que les États-Unis, qui étaient pourtant bons derniers, peuvent maintenant nous regarder de haut dans ce domaine.

Est-ce que Harper fait la guerre pour le plaisir? Non. Mais il a initié un recul majeur dans notre politique internationale en nommant un ponpon de la chambre de commerce de la Beauce comme chef de la diplomatie canadienne (avec les résultats désastreux qu'on connaît), supporte la torture comme moyen d'interrogatoire, laisse pourrir un de ses citoyens dans une prison illégale à Guantanamo et, s'il avait eu les pouvoirs à l'époque, nous aurait envoyé volontiers dans ce bourbier en Irak tout comme il cautionne aveuglément notre présence en Afghanistan.

Est-ce que Harper démolit la culture? Pratiquement. En nommant sa potiche de service à la tête de cet important ministère, en étant dans la poche de la droite catho qui souhaite qu'on retourne au bon vieux temps de l'index et de la censure, en coupant sauvagement les subventions pour les organismes culturels, en faisant de moins en moins pour la culture dans un pays qui en faisait déjà très peu, la culture canadienne sera bientôt réduite à la chaîne de restaurants Tim Horton's et les vieux disques de Anne Murray.

Ah oui, j'oubliais, on parlait de la légitimité du Bloc Québécois. Je peux pas vous forcer d'être en accord avec les idées du parti. Je peux pas vous forcer d'être en accord avec la raison d'être du parti. Mais vous pouvez pas forcer les citoyens de la quarantaine de comptés au Québec qui ont voté pour le Bloc de ne plus supporter ce parti. Elle est là cette fameuse légitimité que vous cherchez tant. Cette quarantaine de sièges au Parlement est la preuve vivante et concrète de la légitimité du Bloc et ça va bien au-delà du bric à brac idéologique, de la faisabilité du projet souverainiste ou de la couleur de la cravate à Gilles Duceppe, point final.

1 commentaires:

Emmanuel Simard a dit…

Pas très surprenant cette sortie contre le Bloc. Sérieusement, M. Brassard est peut-être l’un des chroniqueurs politiques le plus à droite du Québec. Quiconque a lu quelques-unes de ses chroniques qu’il signe régulièrement dans le Quotidien sait pertinemment bien que l’ex-ministre est en profonde rupture avec plusieurs valeurs que véhicule le Bloc québécois.

Pour ce qui est de la légitimité du Bloc, je suis entièrement d'accord avec vous. Tant qu'il y aura des gens pour voter pour le Bloc, sa légitimité sera assurée.